Simon Roussin – L’Interview éclair

À peine son portofolio mis en ligne, nous ne pouvions nous contenter de ses images colorées, de ses aplats fantastiques, de ses univers oniriques où l’on croise dinosaures et enfants à la fois. Ils n’étaient et ne pouvaient qu’être, pour nous, une porte d’entrée vers un dialogue et un discours plus grands. C’est désormais chose faite. Simon Roussin, l’homme du Tigre, des Inrocks, de Monsieur Toussaint-Louverture fait désormais parler le dessin. Et on ne peut que le remercier.

Un petit coup d’oeil à ses oeuvres : ici, ici, ici
Et c’est parti pour l’aventure.

P.-Y. L.

les aventuriers 3

• Tind : Dites-nous, qui est exactement Simon Roussin ?
Simon Roussin : Je suis auteur-illustrateur, 1m93,5 exactement.

• Vous avez une prédisposition pour la technique au feutre. Des restes de ces après-midi où, enfant, vous coloriez des pages et des pages de cahiers ?
Comme tous les enfants, j’ai eu les mains couvertes de traces de feutres. Aujourd’hui, je ne cherche pas à utiliser cette technique de manière régressive, à faire du « faux » dessin d’enfant. J’essaye d’en tirer le maximum, d’explorer toutes ses possibilités, de la mélanger avec d’autres techniques, toujours en cherchant la cohérence avec le propos.
Ce matériau me permet de construire des histoires, de parler des choses plus naïvement, il apporte une certaine nostalgie aux images. C’est pourquoi il ne convient pas à tous les sujets !

• Ce qui surprend chez vous, avec ces feutres justement, ce sont ces aplats remplis manuellement. On y sent la pression de la pointe, sa marque, la main posée sur la feuille. Comment expliquez-vous cette orientation ?
Quand j’ai commencé à utiliser les feutres pour Robin Hood, ma première bande dessinée, je me contentais de faire du « coloriage », de remplir des zones délimitées. Mais le feutre laisse des traces, il devient plus foncé après plusieurs passages, il se mélange plus ou moins bien avec d’autres teintes, bave avec le trait de l’encre de chine. Dans mes ouvrages suivants, Lemon Jefferson et Le Bandit au colt d’or, j’ai essayé d’explorer au maximum ces aspérités. Le feutre ne venait plus comme une colorisation classique après l’encrage, il pouvait le précéder ou le remplacer.
grande aventure 1
• Il y a aussi, toujours, l’explosion de la couleur. Les tons se heurtent presque les uns aux autres, comme dans le pop art. D’où vous vient ce style ? Des influences directes ?
Pendant mes études, j’ai étudié l’histoire de l’art. Je me souviens avoir été marqué par les mouvements de peinture du début du XXIe siècle. Quand j’ai commencé à faire de la bande dessinée, je m’intéressais aux vieux comics, à leurs couvertures percutantes, aux vieilles trames d’impressions. Ce sont forcément des choses qui m’ont nourri et qui influent d’une manière plus ou moins consciente sur mon travail aujourd’hui. Puis j’aime les westerns, les premiers films en Technicolor et les couchers de soleil !

• Vous travaillez également en tons directs à l’ordinateur, où l’impression de profondeur est faible, subtile. C’est notamment le cas pour Les Aventuriers, aux éditions Magnani. Pourquoi avoir quitté le feutre ici ?
En vérité, j’ai toujours fait d’autres choses que le feutre, des histoires en noir et blanc ou des images destinées à la sérigraphie.
À chaque fois, je choisis ma technique en fonction de mon propos. J’utilise les feutres pour des récits nostalgiques, qui renvoient aux récits d’aventures que je pouvais lire enfant ou pour des projets pour lesquels je sens que l’expressivité du feutre peut apporter quelque chose de singulier. Heartbreak Valley, une histoire en hommage aux films noirs et aux mélodrames des années 50 ne pouvait que se faire en noir et blanc !
C’est la même chose pour Les Aventuriers. Je voulais appliquer au livre pour enfant la technique de sérigraphie que j’affectionne. Ne choisir que trois tons, utiliser les subtilités de leurs superpositions pour créer de grandes images oniriques qui allaient bien avec l’idée de découverte d’un monde inconnu de l’homme.

• Dans vos dessins ou vos récits, l’aventure occupe une place prépondérante. Elle en devient presque l’héroïne même. D’où vient ce besoin chez vous d’évasion ?
Mes histoires s’inscrivent dans des récits de genre car c’est ce que j’ai le plus lu ou vu. Ce sont ces types d’histoires qui m’ont nourri et construit.
Le récit de genre et d’aventures permet de projeter des personnages dans des situations incongrues d’autres lieux ou d’autres temps, de les confronter à des dilemmes extraordinaires qui peuvent faire apparaître des questionnements plus intimes et personnels. C’est ce mélange qui me séduit particulièrement et que j’essaye d’explorer dans mon travail.
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• Pour Le Tigre, vous réalisez « Souvenirs de cinéma ». Pourquoi cet hommage aux scènes mythiques du 7e art ?
Le cinéma occupe une place très importante dans ma vie quotidienne et influence profondément mon travail. J’ai toujours regardé beaucoup de films de manière très éclectique mais aussi méthodique (par périodes, réalisateurs, acteurs ou genres).
J’avais commencé cette série pour répondre à une commande pour un livre édité par Thames and Hudson. Il fallait que j’y parle de moi, et n’étant pas très à l’aise avec le style autobiographique, j’ai voulu faire une liste, comme dans la scène finale de Manhattan de Woody Allen, des choses qui donnent à la vie la peine d’être vécue. En ne citant que des extraits de films puisque l’idée reposait elle-même sur un extrait particulier.
Mon dessin est un peu plus réaliste mais je ne cherche pas la ressemblance absolue. Et j’évite à tout prix d’aller vers la caricature. Ces images forment une somme de souvenirs en forme d’hommage à ces acteurs, aux mots qu’ils ont prononcés, à ces films qui sont importants pour moi.

• Vous avez travaillé avec Monsieur Toussaint Louverture pour Le Linguiste était presque parfait, de David Carkeet. D’autres collaborations prévues avec le monde de l’édition et la littérature ?
Imaginer une couverture de roman est un exercice qui me plait tout particulièrement. Un peu comme élaborer une affiche ou la couverture d’un de ses livres, il faut aller à l’essentiel, trouver une idée forte et évocatrice. Pour l’instant, il n’y a rien sur le feu, mais j’aimerais beaucoup réitérer l’expérience.

• Juste, pour la fin, après les feutres, un retour aux crayons de couleurs ?
Pourquoi pas, j’hésite avec un livre tout en gommettes autocollantes !

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