Thomas Cadène – L’Interview éclair

Thomas Cadène est un scénariste prolifique. En fait, c’est l’homme de fer du feuilleton en ligne Les Autres Gens (désormais publié aux Editions Dupuis). Cet été, avec deux compères dessinateurs, il a inventé et mis en mot un mariage. Le mariage de Romain et Augustin, qui a été fortement suivi par les lecteurs du Nouvel Obs’ sur leur plateforme numérique.

Tout a commencé pour lui il y a déjà bien longtemps avec cette idée de réunir énormément de dessinateurs pour raconter une histoire sans précédent, des milliers de pages dessinées et écrites disponibles en ligne par le biais d’un abonnement mensuel. Le scénario semble simple : un homme demande à une jeune fille, Mathilde, de choisir trois numéros pour qu’il finisse de remplir sa grille de loto et il s’engage à la rappeler s’il gagne. Après avoir miraculeusement touché le gros-lot, il lui donne la moitié de sa fortune. De là nous suivons les différentes familles qui se croisent, les histoires d’amour de chacun, les rencontres, les divorces, les boulots, les enfers de différents univers… De quoi forger une épopée des temps modernes. Vous savez où vous procurer cette histoire si votre curiosité attisée vous invitait à en connaître plus.

Thomas Cadène a accepté de répondre à nos questions. Il l’a fait tard dans la nuit (de 3h à 5h du matin) et tient donc à préciser qu’il n’est pas responsable de toutes les réponses. Merci à lui !

Propos recueillis pas Cooper

Le commencement et l'origine.

Le commencement et l’origine – dessin de Bastien Vivès.

•  Tind : Nous te connaissons en tant qu’auteur de bandes dessinées, surtout en tant que scénariste des Autres gens, et nous savons (désormais) que tu dessines également. Comment en es-tu venu à faire du scénario ? As-tu reçu une formation ou es-tu un pur autodidacte ?
Thomas Cadène : Je n’ai reçu aucune formation en rien du tout sinon en droit et en marketing. Je suis donc un autodidacte du scénario et du dessin. Bien sûr ce sont deux disciplines qui répondent à de très vieux rêves, plus ou moins conscients, aux goûts très marqués pour toutes les formes du récit depuis toujours, mais je n’avais pas de plan, je ne m’étais jamais vraiment projeté dans ce genre de chose. J’y suis arrivé par hasard.

Les Autres Gens c’est une bonne idée, une très bonne idée même. Un soap-opéra en ligne avec énormément d’auteurs. Comment cela t’es venu ? Si jamais c’était sous la douche ou de nulle part, c’est bien aussi.
Merci. Ça m’est venu parce que j’aime le feuilleton et que j’avais envie d’en faire. J’avais fait (en 2002 ou 2003 je crois, à une époque ou je n’envisageais même pas de faire de l’illustration et encore moins de la BD) un feuilleton que je diffusais à une liste de lecteurs par mail. C’était un truc probablement assez navrant, plus ou moins quotidien, que j’aimais beaucoup faire. J’aimais les réactions des lecteurs, j’aimais écrire. Il n’y avait pas (ou peu) de dessin, l’objet était d’abord un objet textuel. Bref, le feuilleton web, c’est un truc qui était plutôt naturel pour moi.
La multitude, l’organisation, tout ça, ce sont des éléments pragmatiques issus de discussions avec d’autres dessinateurs ou scénaristes… Un système qui s’est mis en place, finalement, assez naturellement. Par ailleurs, la douche est effectivement un des endroits idéaux pour avoir des idées ou dénouer des blocages scénaristiques. C’est bien connu et c’est vrai.

• Pourquoi cette histoire ? Cela commence de façon assez banale avec l’étudiante parisienne classique avant de partir dans des histoires assez incroyables. Quelles ont été tes inspirations ?
La vie. Enfin, heu, tout, la politique, les voisins, les histoires des copains, les miennes, des images, des musiques. Bref, la vie, grosso modo.

• Étant donné le nombre assez fou de planches que cette série comporte, as-tu eu le temps de dormir pendant la réalisation ? Comment organisais-tu ton travail ?
Peu. J’ai passé deux années un peu difficiles mais c’était moins à cause de la quantité de matière qu’à cause de l’énorme boulot qu’il y avait autour, l’organisation, le planning, le recrutement des auteurs, les RP, la gestion du site, les relations avec l’éditeur papier, etc. Tout prend du temps, un temps que je n’avais pas vraiment prévu en m’attaquant à ce projet.

Les autres gens par Bastien Vivès.

Les autres gens par Bastien Vivès.

• Comment autant de dessinateurs en sont venus à participer à ce projet ? Ta force de persuasion doit être assez incroyable.
J’imagine qu’ils aimaient bien l’idée de faire partie de cette drôle d’aventure. Il faudrait le leur demander à eux.

• Après le numérique, LAG ont eu le droit à leurs albums chez Dupuis. Comment cela s’est il passé avec les éditeurs ? Comment es-tu passé du numérique au papier, deux médias assez différents pourtant ?
La rencontre avec Louis-Antoine Dujardin, éditeur chez Dupuis, a été décisive. Nous n’envisagions pas vraiment la transition vers le papier, nous pensions qu’il y avait trop de matière. Louis-Antoine, dès le départ, n’a pas eu l’air aussi impressionné que nous l’étions par cette quantité de BD que nous produisions. Enfin si, il l’était, dans le sens où ça lui donnait envie de le faire en livre… Enfin, j’espère… Mais pas dans le sens où ça lui paraissait impossible, au contraire. Très vite, il nous a proposé des solutions qui nous ont paru pertinentes. Et après, ça s’est fait très naturellement.
Oui, les deux médias sont différents et c’est un peu ce qui fait leur force, ils sont complémentaires. Dans le cas des Autres Gens, ça nous permettait de passer d’un mode de lecture, d’un rythme de diffusion à un autre et nos lecteurs ont apprécié ça, je crois.

• Avec Romain et Augustin, tu es en plein dans l’actualité. Comment fonctionnes-tu ? Vous réalisez un épisode par semaine comme pour la presse ? Ou vous avez déjà tout préparé depuis des mois ? (Ce qui ferait de toi un devin.)
On avait un épisode par jour, pendant deux mois, et on a commencé les dessins 15 jours avant le premier jour. Ça a été fou, surtout pour Didier Garguilo qui n’a pas dormi pendant tout l’été mais aussi pour Joseph Falzon qui a également abattu un boulot impressionnant.

Voilà qui est dit et bien dit par Pochep.

Voilà qui est dit et bien dit par Pochep.

• Et pour l’avenir, tu as des projets en cours ? Des projets secrets ?
Oui et oui.

• Faire LAG est-il un moyen pour devenir riche, puissant et créer une multinationale avec tous les auteurs de France se révoltant contre les éditeurs et créant un nouveau système financier ? Nous nous posions la question. Comme ça.
C’était l’idée mais j’ai du me perdre en route, je ne suis pas encore milliardaire. Non, plus sérieusement il ne s’agissait pas, jamais, de se « révolter contre les éditeurs », plutôt de montrer qu’on pouvait faire des choses et qu’on pouvait bosser autrement. Là dessus, je crois qu’on a plutôt ouvert quelques portes.

Publicités

Poster un commentaire tindesque

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s