Boll, le crayon de Livres Hebdo – L’Interview éclair

Boll n’est pas un inconnu pour les lecteurs, entre autres, des Échos, du Point ou de Paris Match. Il n’est pas inconnu non plus des professionnels du livre, consultant chaque semaine assidûment Livres Hebdo, le magazine à destination des libraires, éditeurs, bibliothécaires, de tous ceux enfin qui font du livre leur métier. Il y décrypte chaque semaine une question d’actualité relative à ce petit et frêle objet qu’est le livre, à sa façon : avec humour, une pertinence impertinente, et un jet d’encre bien noir, quasi calligraphique, sa marque de fabrique, son cachet qui fait foi.

ulysse

Ulysse vu par Boll

Fervent admirateur de son style et de ses chroniques, Tind est aller à la rencontre du chroniqueur impénitent. On le savait brillant, on le savait aussi inspiré que taquin, on l’a découvert généreux, à l’occasion de cet Interview éclair auquel il s’est livré avec plaisir et application. Rencontre.

En premier lieu, vous êtes pour nous le dessinateur du Coup de Boll, chronique du magazine des professionnels du livre Livres Hebdo, qui décrypte chaque semaine l’actualité littéraire, de façon très personnelle. Avez-vous conscience que vous êtes ainsi la première raison, voire l’unique, pour laquelle des légions d’étudiants des métiers du livre consultent ce magazine ?
Rappelez-moi de le répéter à ma rédactrice en chef pour lui extorquer une augmentation substantielle. Ce qui devrait me permettre de me tenir propre sans sombrer dans la délinquance.
Plus sérieusement.
Et là, je cause d’expérience. De l’acquis sur presque 27 ans à baguenauder dans la presse (et l’édition). Aucun dessinateur, quel que soit son mérite,  n’a jamais fait un journal. Ni tenu une rédaction. Lorsque Pessin a claqué la porte du Monde, quand Le Point a cessé de faire paraître les dessins de Voutch ou lorsque Le Figaro a relégué Faizant en bas de page 2, ce fut dans une indifférence à peine polie.
Le jour où Livres Hebdo se lassera de ma compagnie il en sera de même.
C’est la règle du jeu. Je connais. J’accepte. J’assume.
Maintenant l’intérêt du dessin c’est qu’il offre un instant, une parenthèse, du recul. Je dirais pas nécessaire. Indispensable.
C’est le petit pas de coté. L’expression n’est pas de moi, mais de Gébé.
Ajoutons, pour que le tour soit complet, que la qualité d’un journal se mesure souvent à la place que la Rédaction accorde au dessin.
J’explique.
Je justifie pas, j’étaye.
Un Rédacteur en Chef, un Directeur de publication peut retravailler une accroche, un titre, réécrire une enquête, modifier un article, enlever ou ajouter un paragraphe dans un article.
On ne peut pas toucher à un dessin.
Les seuls qui s’y sont essayé s’appellent Colombani et Pleynel  avec Plantu et succès que l’on connaît.
Les dessinateurs échappent à la hiérarchie.
Ce sont des individualités dont on peut faire l’économie, mais que l’on ne peut ni contraindre, ni modeler.
Si un journal accueille un dessinateur (moyennant finances (ça a son importance)), vous pouvez parier que cela signifie que la rédaction a un certain souci  de ce qui doit se trouver dans ces pages. Puisque la Direction accepte que quelque chose lui échappe. La Direction de ce journal sait et accepte de ne pas tout maîtriser. Ce n’est pas vraiment une preuve d’humilité.
Plutôt une expression de la qualité de ses convictions.
Accessoirement que cette même Direction a un certain sens de l’humour.
Je ne sais pas si j’ai été très clair ?
Enfin j’aurai essayé.
Que cette tentative soit portée à mon crédit en cas de Jugement Dernier.

Vous avez publié un recueil de ces Coups de Boll, récemment. Livres Hebdo et vous, à quand ça remonte exactement ? Et comment cela a commencé ?
J’ai peu publié de recueils. Certains ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable. J’irai même jusqu’à dire que je les regrette.
COUPS DE BOLL est sans doute ce qui se rapproche le plus de l’idée de ce que devrait être un recueil de dessin.
La qualité du papier.
Le format choisi avec soin.
La tenue des dessins présentés.
La plupart du temps, à quelques très, très, très, très rares exceptions, ce genre d’ouvrage tient de la compilation où l’on enfourne un peu de tout et beaucoup de n’importe quoi, avec un mépris souverain pour l’auteur et, plus grave, une absence totale de début d’ébauche de respect vis-à-vis du lecteur.
Dans le cas présent les choses se firent bien, plus que bien, mieux que bien.
Remercions Lucie Bouquet (graphiste) qui réalisa l’ouvrage et Christine Ferrand (rédactrice en chef de Livres Hebdo) qui fut à l’origine du projet.
Ceci posé.
Je n’ai plus exactement en tête la date exacte où tout a commencé, je veux dire ma collaboration avec Livres Hebdo.
Je crois bien que cela doit faire, à la louche sans chercher dans le détail, bien dix ans.
Début assez bizarre.
Cet hebdomadaire n’avait jamais fait appel à ce type d’acrobate que sont les dessinateurs de presse.
Il y avait une nouvelle maquette en préparation à l’époque. Et un espace réservé pour illustrer la rubrique, très lue, des meilleures ventes. L’idée d’un dessin, décalé, d’humour, façon New-Yorker plutôt qu’une photo d’agence s’imposa.
Maintenant où trouver le gribouilleux qui s’occuperait de la chose ?
L’immense majorité des gens ignore qu’il suffit de décrocher son téléphone.
Exemple, vous êtes rédacteur d’une gazette, vous voulez un dessinateur, lisez la presse, si vous repérez quelque chose qui vous plaît, vous appelez le journal dans lequel passe la chose et, à moins que vous soyez un concurrent direct, très aimablement on vous transmettra  les coordonnées du charmant.
Ensuite vous le convoquez, histoire de voir d’un peu près à qui vous risquez d’avoir à faire. Vous regardez où et chez qui il s’est déjà produit.
Vous causez tarif.
Date de rendu.
Emportez ; c’est séché, plié, relié.
Bon comme c’était une première fois. Ils eurent l’idée de contacter un agent.
Ça c’est le processus normal dans la publicité.
Il se trouve qu’à l’époque je m’étais acoquiné avec une sorte d’escroc qui prétendait jouer les agents.
C’est par lui que j’entrai à Livres Hebdo.
Assez vite il est apparu que sa présence virait au pénible.
Il oubliait de me payer.
Assez désagréable comme situation.
Et puis pour la rédaction en Chef c’était surtout gênant.
Liquider ce crétin devint une sorte de but en soi.
Le problème dans l’affaire c’est que si pour lâcher le jonc, se délester du fiduciaire cet innocent aimait qu’on lui tire l’oreille et qu’on le menace avec précision, si il était passé champion toute catégorie dans la fourgue de boulots pourris, il était également passé maître incontesté du contrat léonin. L’une des raisons qui expliquent pourquoi je n’ai jamais rien signé avec cette purge.
Résultat.
Il fallut attendre un nouveau changement de maquette pour passer par-dessus son épaule.
Beau joueur ce parasite comprit qu’il n’y avait plus rien à prendre de ce coté.
Et mit six mois à me régler ma petite ardoise.
Ainsi je passais de la rubrique MEILLEURES VENTES à COUPS DE BOLL.
Une dernière anecdote.
Je vous la livre, elle est charmante.
Donc, nouvelle maquette.
Les graphistes qui se sont chargés de la chose, ont bien fait leur travail. Sont même pas mécontents du résultat.
Ils l’exposent au client.
Le client c’est la rédaction de Livres Hebdo.
Pagination, code couleur, développement des visuels, tout va très bien.
Sauf que.
Pas de BOLL.
A pu BOLL.
Et là, pas d’accord.
On fait remarquer gentiment, mais assez fermement, que ça coince. Qu’il y a là un oubli fâcheux. Limite une faute de goût.
Que c’est un peu, désormais la marque de fabrique de la tôle. Le petit plus.
Qu’il faudrait voir à le caser quelque part le BOLL.
Qu’on ne veut pas commander, on exige seulement.
Les graphistes ça fait pas trop leur affaire. Tout se tient dans ce projet qu’ils présentent.
Où le mettre le comique ?
Tout est calé.
La solution : qu’il ait sa chronique rien qu’à lui en regard de la rubrique C’EST VOUS QUI LE DITES.
Et voilà comment est né il y a cinq ans COUPS DE BOLL.
J’enjolive à peine.

Vous vous distinguez aussi bien par un jet d’encre noir et un ton plutôt noir également, aussi inspiré que caustique. D’où cette double-question : d’où vous vient cette acuité sur le monde du livre, et pourquoi vouloir dessiner sur ce sujet, peu reluisant ces derniers temps ?
Causons technique.
Je fais profession de dessinateur depuis bientôt presque 27 ans. Presqu’exclusivement dans la presse. Un peu d’édition. Pas beaucoup de boulot d’agence, mais ça m’arrive.
Je pratique le « trait libre » ou « encre jetée » depuis 13 ans.
C’est une technique qui s’apparente à la calligraphie chinoise. C’est-à-dire ; pas de crayonné autre que préparatoire, pas de retouche, pas de remords. Un trait.
Le passionnant dans l’affaire étant moins ce que l’on dessine vraiment que ce que l’on suggère.
Le coquet dans ce type d’activité c’est qu’il arrive qu’on gâche beaucoup de papier, certains de mes dessins ont un impact carbone qui frise l’indécence et aussi que je travaille sur d’assez grands formats. À cause du geste.
Et comme j’utilise de l’encre pure et non diluée, je bouffe du pinceau dans des proportions qui forcent le respect.
Le dessin de presse se distingue, devrait se distinguer par l’idée.
Un illustrateur rend compte d’un monde par le sien. Il offre une vision. La sienne, du Petit Chaperon rouge par exemple.
Un dessinateur de bande dessinée nous raconte une histoire.
Le dessinateur de presse nous offre un point de vue.
Enfin, dans l’absolu, il devrait.
Parce que dans la vraie vie, la plupart du temps on a droit à un vague gribouillis autour d’une blague de comptoir.
Le dessin permet une mise à distance, le petit pas de côté dont parle Gébé.
Présenter un fait, une actualité, mais très légèrement détournée pour souligner l’absurde de la situation.
Le rire naît de l’étonnement.
C’est sans doute la raison pour laquelle les dessinateurs de presse passent pour amusants.
Pour simplifier mettons qu’il y ait deux grandes écoles. La satire et l’humour.
La satire tient dans la caricature. L’on moque les travers, les prétentions ou les poses de celui qui est caricaturé (société, politique, gens de lettres ou du spectacle).
Je n’aime pas trop la caricature, c’est un exercice que je maîtrise mal graphiquement et c’est un esprit que je réserve en petit comité. Comme les calembours et les concours de rôts.
L’humour est un peu différent. C’est une mécanique plus complexe. Le satiriste se met naturellement au-dessus de la mêlée. Avec l’humour c’est le lecteur qui est à cette place, au-dessus. Pas le dessinateur. Lui, le dessinateur donne à voir.
Le dessin satirique vieillit vite et souvent mal.
Le dessin d’humour est moins soumis à l’usure du temps.
Compte tenu de ma technique je suis plus enclin à  l’humour qu’à la satire.
Le trait influence l’idée. À dessin complexe : idée complexe.
Si vous dessinez de petits personnages il vous viendra des idées de foules.
J’ajoute, pour emporter l’adhésion, que j’ai pratiqué la satire à mes débuts.
Je ne crois pas être caustique. Taquin, absurde oui. Mais caustique c’est sujet à débat. Enfin je crois sans être sûr. Je me trompe souvent sur mon compte.
Pour ce qui est de mon acuité présumée : 27 ans de carrière.
Je pense savoir lire un article qui m’est proposé. Le démonter comme il faut pour  en tirer l’angle d’attaque.
C’est un métier, dessinateur, c’est un métier.
J’essaye de me tenir au courant de ce qui se passe autour de moi, ça aide à comprendre ce que l’on me demande.
Je lis (beaucoup), je vais au cinéma (énormément), au théâtre (pas assez) et je repasse très bien (c’est sans rapport avec ce qui précède).
Tout ça pour dire que si je dois travailler sur le monde de l’édition, que je fréquente par ailleurs, je vois un peu de quoi il s’agit.
Pour d’autres revues je vous fais visiter le monde du bureau comme si vous y étiez alors que n’y ai jamais mis les pieds.
Ce n’est pas moi qui choisis les sujets. Je travaille à la commande.
Pour Livres Hebdo ça tombe le vendredi soir. Catherine Andreucci , qui est mon agent traitante, m’appelle pour m’annoncer le sujet (le dernier succès en date, le festival des bibliothécaires en Basse-Normandie, les libraires poitevins qui font nocturne ou la Rentrée littéraire et son Amélie Nothomb). On cause un peu, histoire de déblayer le terrain et je dois présenter trois crayonnés, trois propositions le lundi matin.
Vers midi, après réunion, j’ai la réponse, le choix de la rédaction.
Dans la foulée j’encre, je scanne et envoie le fichier.
Parfois on m’accorde un délai de grâce jusqu’au mardi matin.
La qualité première d’un dessinateur de presse est de savoir tenir les délais. Le meilleur dessin du monde en retard est un dessin qui ne passe pas et, donc, qui n’existe pas.
Accessoirement ce type de plaisanterie plonge tout un tas de gens qui ne rêvent que de se coucher tôt de bonne humeur dans un sac d’embrouilles dont ils se passeraient sans se forcer.
Alors on évite. D’abord histoire d’être poli avec son monde ensuite parce que l’envie d’aller prendre ses aises dans la dèche me tente modérément.
Le retardataire est peu prisé dans ce secteur d’activité.
Pour les autres publications qui me commandent des dessins j’ai plus ou moins de temps. C’est très variable.
Le Point et Paris Match sont du genre pressés. Surtout pour les dossiers. La maquette tenant compte de mes dessins. J’ai pas deux jours pour cinq ou six dessins (multipliez par trois pour les crayonnés) et tout autant pour l’encrage.
Dans ces cas-là on apprend très vite à dormir pas beaucoup.
Stratégies si la réaction doit être rapide, moins de 24 heures, en revanche le papier tombant le jeudi, j’ai jusqu’au lundi matin pour la réalisation. Chez eux j’ai un format très précis.
Pour vous donner une petite idée de mon travail, ce mois-ci j’ai planché sur ; « les nouveaux placements », « le kit de survie pour décrocher un nouveau poste », « le dernier Dan Brown », « voyager loin, voyager sûr », « les médium », « la convention des libraires » et trois ou quatre babioles pour Les Échos.
Il y a un aspect mercenaire qui n’est pas sans charme.
Mais, quel que soit le sujet, si l’on me demande, c’est pour ce que je suis. Pour mon trait, mais également pour ma façon de penser, de réagir.

La démocratie est un régime qui n’apprécie pas trop ceux qui prennent la liberté d’énoncer des vérités. Vous n’avez à ce jour jamais été menacé ?
Jamais.
J’ai bien reçu, enfin les journaux dans lesquels j’ai publié, quelques lettres d’énervés sans importances.
Très peu de dessinateurs ont droit à la haine farouche et inextinguible de concentré de crétin. Les éditorialistes en vue et dont on cause. Cabu, Plantu, Ranson, Siné et Wolinski.
Je sais que Luz et Charb se sont vu offrir par la Préfecture de Paris des gardes du corps. C’est assez déplaisant à vivre m’ont-ils avoué.
Hors cette poignée en première ligne les gens sont plutôt très gentils avec les dessinateurs.
On comprend pas bien ce qu’ils font, ni de quoi ils vivent.
On nous confond avec une insistance touchante.
La seule chose vraiment pénible, c’est le gars plein de bonnes intentions qui veut absolument vous refiler un gag qu’il a inventé tout seul. Il vous le laisse gentiment parce que lui il sait pas dessiner.
Ou la mère de famille nombreuse qui a un petit, généralement le dernier, qui dessine si bien tout le temps, qui a du talent et qui voudrait avoir votre avis.
Vous allez peut-être me parler censure.
À un moment ou à un autre, dans la conversation, on finit toujours par parler de censure.
Y a pas.
Sous nos climats, de nos jours : y a pas.
Même en cherchant bien longtemps et toute la bonne volonté du monde : y a pas.
Soit vous ne correspondez pas à la ligne éditoriale du journal et dans ce cas vous ne leur présentez pas vos dessins. Et si vous leur présentez, parce que vous êtes débutant ou pas tout à fait au courant des réalités du monde et c’est très simple : on ne vous appellera jamais.
Vous vous souvenez, au tout début, je vous faisais remarquer que l’aspect financier de cette activité n’était une broutille. On y vient. On est même dedans en plein.
Les seuls périodiques qui censurent, disons qui commandent, réclament vos dessins pour ne pas les passer sont ceux qui ne vous payent pas. Qui veulent du gratuit, du bénévole pour la Cause. Eux ne se gênent pas.
Parce que ce qui est gratuit n’a aucune valeur.
Quand vous avez des rapports professionnels, donc tarifés, on ménage.
Normal. Faites refaire trente fois un dessin et vous passez en tarif de nuit un soir de Saint-Sylvestre. Et si vous énervez l’ouvrier, il vous plante là. Et dans votre joli journal vous vous retrouvez avec un bel espace tout blanc, tout vide.
C’est la raison pour laquelle je ne travaille JAMAIS pour la Gloire.
Même si la rémunération tient du symbolique : on passe à la caisse.
La dernière fois que j’ai accepté de bosser pour les beaux yeux d’un baltringue j’ai failli l’étrangler (Frémion avec son mensuel Barricade).
Je le regrette amèrement : j’aurais dû l’étrangler.
Je sais qu’il existe des dessinateurs qui se vantent d’avoir été censurés.
Deux types de censure :
– Changement de propriétaire. Vous venez de prendre le contrôle d’un organe de presse et vous aimeriez que la rédaction vous prennent au sérieux : virer le dessinateur. C’est simple et sans dommage pour le reste de la rédaction. Le dessinateur n’a pas de carnet d’adresse professionnel, lui. Si vous saquez le chroniqueur judiciaire il vous faudra des mois pour en trouver un nouveau avec les mêmes réseaux. Vous virer le Martin Veyron ou le Wiaz sous un prétexte fallacieux, important, le prétexte doit être fallacieux, et ça va filer doux chez les rubricarts. L’injustice est le premier acte pour asseoir son autorité (Machiavel).
– Le crétin. Vous avez chez les dessinateurs une catégorie qui sont Les Crétins. Ils ont pas tout saisi de ce qui se passe et s’imposent avec beaucoup de certitudes. Le calibre de péquin qui vous dessine des chibres et de la frangine dénudée pour les pages saumon du Figaro au prétexte que Siné le fait bien. On leur explique que Siné bosse à l’extrême gauche et qu’ici c’est un tout petit peu le Figaro. Ils s’obstinent. Trépignent. Exigent. On les vire à coup de latte. Et les voilà tout heureux et très contents d’avoir été « censurés ».
C’est sur la voie publique et sur le Grand Réseau  que vous la trouverez la censure. Entre les librairies qui décommandent les séances de dédicace ou l’exposition en vitrine d’ouvrages jugés clivants, comme on dit quand on sait causer. Où l’élimination des sites jugés inopportuns par les groupes industriels très sensibles à leur image de marque. Vous avez de quoi vous satisfaire.
Pour Livres Hebdo les règles sont simples : pas d’attaques personnelles, pas de cul. Ça tombe bien, c’est pas le genre de la maison.
Sans être corporate, j’ai une immense liberté. Sans doute parce que je m’obstine à être, autant que je puisse l’être, juste.
Si vous êtes juste, on vous laisse tout. C’est la facilité qui va directement à la poubelle.
Je parle comme une vieille chose. Un aïeul.
J’ai une excuse : je suis une vieille chose.

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Le Vaillant Petit Tambour Major

Le vaillant petit tambour major est votre dernière publication, chez l’éditeur Attila. Vous prêtez votre plume au service d’une « vraie » histoire. C’est plutôt rare dans votre production. Y a-t-il une raison à cela ?
Le vaillant petit tambour major est dans la continuité de mon travail. C’est sans doute l’expression la plus aboutie de ma démarche. Graphique d’abord. Comme expliqué plus haut j’accorde une grande importance au trait. Au pinceau. Dans une histoire complète, par son développement je peux, j’essaye, je tente d’essayer d’exprimer toutes les possibilités qu’offre cette technique.
Ensuite. Il y a l’humour. Je reste très attaché à l’humour. C’est une forme dans laquelle je me retrouve. Peut-être parce que l’humour exige, comme le pinceau, une certaine rigueur.

Si le sujet en est déroutant – un conte adulte dans le monde des poupées – on retrouve malgré tout votre humour noir, votre acidité. Que recherchez-vous plutôt dans cette histoire ?
Je ne trouve pas le sujet si déroutant que cela. C’est un conte. Et tous les contes sont cruels. Nous ne sommes des adultes que parce que nous avons des souvenirs d’enfants. Et ces souvenirs on a beau les ripoliner régulièrement, les astiquer pour qu’ils brillent et fassent jolis gardent du vilain, du qui gratte, démange salement et sent pas bon.
Mettons que j’exorcise.
Je ne crois pas être cruel.
Taquin.
Je suis taquin.

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Plébiscité par les meilleures librairies

Vous pensez retenter l’expérience ? Des projets dans le tiroir, peut-être ?
Logiquement il doit y avoir deux suites au vaillant petit tambour major. La première suite est crayonnée, pour que mon éditeur donne son aval et je devrais attaquer les encrages cet été.
Ensuite, on verra.
Pour ce qui est des projets j’en ai quelques-uns. L’un bien avancé, toujours avec le même éditeur, mais il est encore trop tôt pour en parler.
J’expose à la rentrée à la Galerie An Girard (à Paris dans le quatorzième arrondissement) à la rentrée. Les trois-quarts des dessins sont réalisés pour cette occasion et je suis un peu en retard dans mes livraisons, il en faut une cinquantaine. Le thème étant des gags muets.
J’ai une nouvelle illustrée Le Tapis du professeur Bloomer à qui il ne manque qu’un éditeur.
Un projet sur Sherlock Holmes.
Et je ne désespère pas de publier un recueil de dessins d’humour de la qualité de COUPS DE BOLL.

Pour conclure sur le livre : vous parvenez à nous faire rire, alors que pour les professionnels du livre, les temps ne sont pas à la fête. Comme ils sont très nombreux à suivre Tind, avez-vous un message d’espoir à leur adresser ?
Depuis que je suis tout petit mais assez grand pour comprendre ce que l’on me dit on me serine qu’on ne lit plus ma brave dame, que le livre est mort mon pauvre monsieur. Que la radio d’abord, la télévision ensuite, puis la bande dessinée et les jeux vidéo enfin allaient nous tailler des générations de demeurés illettrés, dont je fais partie.
J’ai dépassé le demi-siècle et les librairies regorgent de trésors.
L’e-book devait signer l’arrêt de mort définitif et sans rémission possible de la librairie à l’ancienne. Je le sais j’étais là lorsque Jean-Marie Messier l’annonça lors d’une grande présentation de ce qui devait révolutionner le monde de l’édition.
C’était il y a plus de 20 ans.
Le livre reste, les Jean-Marie Messier passent et on les oublie si vite qu’on se demande même s’ils ont jamais existé.
Le livre est ce qui nous rend plus humain, plus grand, peut-être meilleur.
Il n’y a jamais eu autant de livres parce qu’il n’y a jamais eu autant de lecteurs, parce qu’il n’y a jamais eu autant d’humains.
C’est un peu pompeux comme conclusion.
Au début j’avais pensé à « Haut les cœurs, dans la joie et la bonne humeur ».
Mais je m’adresse à du monde qui a été aux écoles.
Certains même doivent avoir le permis de conduire.
Alors je fais des phrases.
Prenez soin de vous.

BOLL
Fait à Paris dans mon atelier en présence de mon chat, qui est une chatte, qui se fait vieille et qui s’appelle Vénus.
Le 3 juin 2013

Propos recueillis par John Perpetua

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